Pays à vendre ?
Partez à la conquête de nouveaux territoires. Achetez des régions entières, engrangez les récoltes.
Et surtout soyez le plus rapide !
Un nouveau jeu de stratégie ?
Non, une réalité !Depuis quelques mois, la course pour le contrôle des terres agricoles en Asie, en Afrique, est lancée. Des pays industrialisés essaient de s'approprier le maximum de terres d'Etats désargentés. Un phénomène inquiétant.
Beaucoup de pays émergents n'ont en effet, pas assez de terres fertiles pour produire la nourriture qu'ils consomment. Ainsi, les pays du Golfe, la Chine ou la Corée du Sud, importent une grande partie de leur alimentation.
Avec l'explosion du prix des denrées alimentaires, ces pays veulent se lancer dans l'agriculture. Pour nourrir leur population. Mais aussi pour investir dans un secteur stratégique.
Entre les menaces de crise alimentaire et les très rentables agrocarburants,
l'agriculture apparaît comme un placement d'avenir. Et les pays qui ont de l'argent mais pas assez de terres veulent à tout prix se positionner sur ce créneau prometteur.
Leur solution : acheter ou louer des régions entières dans des pays très pauvres. Y compris lorsque ceux-ci peinent déjà à subvenir aux besoins de leur propre population.
Ainsi, le Cambodge, qui ne nourrit sa population que grâce à une aide alimentaire d'urgence, est courtisé par plusieurs Etats du Golfe. Il envisage de leur confier prochainement l'exploitation de plusieurs milliers d'hectares de son territoire. L' Ethiopie, au bord de la famine, pourrait suivre le même chemin.
A Madagascar, la société coréenne Daewoo aurait récemment décroché un contrat lui permettant d'exploiter la moitié des terres arables du pays pour 99 ans sans contrepartie financière directe. En échange, Daewoo s'engagerait simplement à financer la mise en valeur des terres : la création de routes, de systèmes d'irrigation...
Ces investissements bénéficieront-ils à la population locale ? Rien ne le garantit. Les effets risquent d'être assez limités, la production étant destinée à l'exportation.
Inutile de dire que pour beaucoup de malgaches, le compte n'y est pas. Dans un pays où la moitié des enfants de moins de 3 ans souffre de malnutrition, ces accords pourraient bien expliquer en partie les récentes émeutes qui ont agité la capitale et fait des dizaines de morts.
Alors que partout sur le globe des Etats mettent leurs terres en viager, le Président de la FAO craint « l'émergence d'un pacte néocolonial pour la fourniture de matières premières, sans valeur ajoutée pour les pays producteurs ».Un article rédigé par Elodie Bonnet
« SEL Action » newsletter du SEL – 5 février 2009
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Sylvie